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Apprendre la solidarité hors de la salle de classe

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Cette session-ci, j'ai participé à une expérience d'apprentissage intensive axée sur la justice pour les migrants à Montréal, en compagnie de quelque 25 étudiantes et étudiants du cours Solidarity in Action: A Local Perspective.

Pendant plusieurs jours, nous sommes allés à la rencontre d'organismes communautaires comme le Centre des travailleurs et travailleuses immigrants, la Fondation Jia, le Centre de réfugiés, le Collectif Bienvenue et Solidarité sans frontières. Le but de ce cours n'est pas seulement de nous enseigner des définitions et des théories sur la migration, les frontières et la justice: il nous amène aussi à faire des liens entre ces idées et des personnes réelles, des histoires réelles et des luttes réelles qui se déroulent dans notre propre ville.

Dans le cours Thematic Issues l'automne dernier, nous avons parlé de la justice pour les personnes migrantes, des centres de détention et de la manière dont les systèmes de contrôle affectent les personnes qui traversent les frontières, en particulier celles dont le statut est précaire. Jusque là, ça allait encore. Nous avons parlé de politiques, de droits de la personne et de solidarité d'un point de vue théorique. Cela semblait important, mais lointain. Tout a changé lorsque nous sommes entrés en contact avec les organismes et les personnes qui vivent ces réalités au quotidien. Soudainement, ces questions n'étaient plus abstraites. Elles avaient des visages, des voix et des émotions.

J'ai trouvé particulièrement difficile d'apprendre l'existence de centres de détention pour immigrants au Canada. J'ai été estomaquée de découvrir que des enfants pouvaient être détenus dans ces centres et que des personnes qui n'avaient commis aucun crime réel pouvaient être menottées et détenues.

Quand je dis «aucun crime réel», je veux dire qu'ils n'ont fait de mal à personne: ils n'ont tout simplement pas les papiers exigés par notre pays. L'image d'un enfant derrière les barreaux me semblait irréelle. C'était le genre d'histoires que j'associais aux livres d'histoire et à des pays lointains, et réaliser que cela se passait près de chez moi m'a donné la nausée. Cela m'a forcée à prendre conscience du fossé qui sépare les valeurs que le Canada prétend défendre et ce qui se passe derrière des portes closes.

Nous avons rencontré des membres de Solidarité sans frontière qui ont mené une grève de la faim pendant neuf jours pour protester contre l'incarcération d'un bébé de six mois dans un centre de détention à Laval. Grâce à leur action collective et à leurs démarches judiciaire, le bébé et sa mère ont finalement été libérés. Cette histoire a changé ma façon de voir le militantisme. Elle m'a montré que la solidarité dépasse les mots, qu'elle est une affaire d'action, de risque et de persévérance.

Notre visite au Collectif Bienvenue a été une autre expérience marquante. L'entrepôt était rempli de vêtements, de jouets, de livres, de meubles et d'articles de première nécessité donnés pour les nouveaux arrivants à Montréal. C'était émouvant de voir une telle entraide au niveau communautaire. Mais cela m'a amenée à me poser des questions difficiles. À quoi servent toutes ces ressources si certains enfants ne peuvent pas les utiliser parce qu'ils se trouvent dans des centres de détention? Comment osons-nous parler de protéger l'avenir des enfants tout en permettant que leur enfance leur soit volée?

J'ai été particulièrement bouleversée d'apprendre ce qui arrive aux personnes «sans statut» lorsqu'elles tombent malades. Beaucoup évitent les hôpitaux par crainte d'être dénoncées ou détenues. Même lorsqu'elles s'y rendent, elles peuvent se voir refuser des soins ou devoir payer des frais médicaux que même les citoyens et les personnes ayant un statut légal auraient du mal à payer. Cela signifie que les gens souffrent, retardent leur traitement et parfois meurent, non pas parce que leur état était incurable, mais parce qu'ils n'avaient pas les «bons» papiers.

Cette expérience m'a forcée à poser une question que je ne peux pas ignorer : sommes-nous prêts à laisser un bout de papier remplacer notre humanité? Est-il acceptable de laisser quelqu'un mourir à cause de son statut d'immigrant? Lorsque les soins médicaux de base deviennent conditionnels, la vie humaine le devient aussi.

— Par Prabhleen Kaur Bhatti

Renseignements additionnels

Le cours Solidarity in Action: A Local Perspective est donné par le profil Changement social et solidarité du programme de sciences humaines, parallèlement au voyage à Cuba (Solidarity in Action: A Global Perspective).

 



Dernière modification : 26 février 2026