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La communauté de Dawson a choisi la voie de la résilience, de la bienveillance et du bien-être commun pour survivre à l’indicible

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La journée du mercredi 13 septembre 2006 s’annonçait radieuse. Puis, « un éclair a frappé sans crier gare », se souvient Richard Filion, qui était à l’époque directeur général du Collège Dawson.

De nombreuses personnes à Montréal, au Québec et au Canada savent ce qui s’est passé ce jour-là, surtout celles qui étaient assez âgées pour réaliser l’ampleur de la tragédie. L’étudiante Anastasia De Sousa a été tuée, 19 autres personnes ont été blessées, et d’innombrables membres de la population étudiante, du personnel et de la communauté de Dawson, ainsi que de nombreuses familles gardent de profondes séquelles des événements survenus au Collège. Une étude a révélé que près d’un tiers de la population étudiante et du personnel a souffert d’un traumatisme psychologique dans les années qui suivirent.

On connaît peu la réaction de la communauté de Dawson au fil des jours, des mois et des années qui ont suivi, et la manière dont celle-ci a contribué à forger une vision durable du bien-être, de la résilience et de la paix.

Pour bon nombre des membres de la communauté, cette tragédie a été l’occasion de s’interroger sur le rôle de l’éducation et la puissance des liens sociaux.

« Cette terrible journée a fait ressortir le meilleur chez tant de personnes », se rappelle Chris Adam, ancien directeur du Bureau du développement durable, qui était à l’époque enseignant en Techniques de gestion et d’intervention en loisir. « La tragédie nous a révélé que donner – que ce soit du temps, de l’argent ou des compétences spécifiques –, et de créer un environnement d’apprentissage bienveillant est contagieux. »

Chris affirme que les événements du 13 septembre ont ravivé des questions qu’il se posait depuis longtemps quant au rôle de l’éducation.

« J’ai toujours pensé que le but premier de l’éducation était de former des citoyennes et citoyens responsables, dotés de connaissances générales et transférables leur permettant de faire leur chemin dans la vie. La tragédie a renforcé cette conviction, et c’est ce qui m’a poussé à valoriser les relations de toutes sortes, tant au sein de la discipline que j’enseignais que de la communauté du Collège », précise-t-il.

Du leadership à tous les niveaux

Ce qui reste gravé dans la mémoire de Diane Gauvin, toutes ces années plus tard, c’est la fierté qu’elle a éprouvée face à la résilience de la communauté de Dawson.

« La hiérarchie n’est pas nécessairement garante du leadership. Il y a des leaders qui s’imposent naturellement, des personnes qui se montrent à la hauteur des circonstances. Richard était à l’époque un excellent dirigeant qui a permis à ces leaders en émergence de passer à l’action », soutient-elle.

L’un de ces leaders était Chris Adam, qui a contribué à façonner ce qui est devenu le Jardin de la Paix, un magnifique espace vert composé de trois cercles d’éternité, dont le Jardin d’Anastasia, situé à l’angle nord-ouest du campus, près de la rue Sherbrooke Ouest et de l’avenue Wood.

« Le Jardin de la Paix a été aménagé grâce à la participation mensuelle de centaines de bénévoles, et a permis à la communauté de Dawson de créer une bibliothèque vivante pour le Collège, indique Chris. Le soutien apporté à ce projet à l’échelle de l’établissement, dans le cadre d’une nouvelle initiative de développement durable, a constitué un effort considérable qui a aidé beaucoup de membres de la population étudiante et du personnel. Malaka Ackaoui, architecte paysagiste et urbaniste à WAA Inc., a généreusement fait don des plans pour l’implantation et la construction du Jardin, tandis que Cindy Elliott, du Bureau du développement durable, s’est investie sans relâche pendant de nombreuses années dans son aménagement floral et son calendrier de plantation. »

À l’époque, Diane Gauvin était directrice adjointe du secteur Sciences humaines et administration. Elle a ensuite été directrice des études, puis directrice générale, succédant ainsi à Richard, avant de prendre sa retraite en 2025.

Le 13 septembre, son instinct l'a poussée à chercher où elle pourrait être le plus utile.

« J'ai décidé d'aller à l'hôpital », se souvient-elle.

Bien que les visites n’étaient pas permises, Diane a été autorisée à entrer puisqu’elle représentait Dawson. Elle a pu rencontrer le chef de l’unité de psychiatrie, le Dr Warren Steiner.

« Le Dr Steiner a joué un rôle essentiel dans notre réaction. Nous avons suivi à la lettre tous ses conseils », relate-t-elle.

Afin d’accompagner les membres de la population étudiante, du personnel et du corps enseignant lors de leur retour sur le campus, plus d’une centaine de psychologues et de spécialistes de la santé mentale étaient à leur disposition à la bibliothèque.

Des héroïnes et héros parmi nous

Dans les jours qui ont suivi le 13 septembre, des histoires de courage et de compassion ont émergé au sein de la communauté de Dawson.

« Les membres de la population étudiante et du personnel se sont prêté main-forte pour se protéger mutuellement dans les salles de classe et les bureaux fermés », se souvient Donna Varrica, ancienne directrice des communications à Dawson.

Donna se souvient également d’une réunion du personnel organisée deux jours après la fusillade. « Don Walker, alors directeur des études, a trouvé les mots justes pour décrire l’ampleur du drame : “Nous sommes toutes et tous des victimes, et nous sommes toutes et tous des héroïnes et héros.” Ces mots résonnent encore aujourd’hui », indique-t-elle.

Pour beaucoup de membres de la communauté, une image de cette époque reste inoubliable : le retour sur le campus.

« Des centaines, voire des milliers d’étudiantes et d’étudiants, dont beaucoup portaient du rose en hommage à Anastasia, se pressaient à l’entrée du boulevard de Maisonneuve. Des personnes pleuraient, d’autres tenaient des fleurs. Certaines sont arrivées seules, mais la plupart sont entrées entourées de leurs amies et amis, de camarades de classe ainsi que de membres du corps enseignant et du personnel. »

Richard Filion, Don Walker et d’autres employées et employés ont accueilli la population étudiante à son arrivée.

Le retour sur le campus (Diane Gauvin)

« C’était solennel et pacifique, tout en dégageant un sentiment d’espoir pour notre avenir : cet étonnant spectacle de jeunes reprenant possession de leur établissement d’enseignement. C’est pour cette raison que nous avons voulu créer un environnement d’apprentissage et d’enseignement sûr et stimulant », poursuit Donna.

Le corps enseignant a redoublé d’efforts pour accueillir les étudiantes et étudiants à leur retour et les aider à persévérer. Richard salue particulièrement Leslie Barker, alors présidente du sénat, qui a grandement contribué à faire valoir les besoins et les préoccupations du corps enseignant auprès des décisionnaires.

À l’occasion de la cérémonie commémorative du 20e anniversaire de la tragédie, plusieurs personnes survivantes ont exprimé à Donna « leur gratitude envers l’établissement, pour le soutien considérable qu’il leur a apporté, pour leur avoir permis de reprendre leurs études, et pour le refuge qui leur a été offert dans les bureaux du directeur général et du Service des communications. Pour beaucoup, cela a constitué un élément essentiel du processus de guérison, les aidant à trouver le courage d’affronter à nouveau le monde ».

Au lendemain des événements, des voix se sont élevées pour réclamer la mise en place de mesures de sécurité strictes. « Dès le premier jour, Richard a refusé de transformer Dawson en forteresse, affirme Donna. Nous n’étions pas au mauvais endroit au mauvais moment; nous étions exactement là où nous devions être. C’est le tireur qui était responsable. En tant que communauté d’apprentissage, il était de notre devoir de comprendre les racines de la violence, de trouver des solutions et une voie vers la paix et la non-violence. »

Les étudiants pouvaient s'exprimer sur des panneaux installés dans l'établissement (Diane Gauvin)

Pour Diane, le retour à la mission première de Dawson lui a apporté un sentiment de stabilité pendant ces jours difficiles.

« Pourquoi sommes-nous ici? Nous sommes ici pour sensibiliser. C’est notre objectif principal, alors concentrons-nous là-dessus », ajoute-t-elle.

Diane avait rejoint Dawson en tant qu'enseignante huit ans avant la tragédie, et cette expérience avait renforcé son attachement à l'établissement.

« Il n’y avait pas de mode d’emploi pour ce que nous faisions, mais la communauté nous a fait confiance pour prendre les meilleures décisions. La communauté de Dawson s’est montrée très solidaire. Les gens savaient que nos intentions étaient bonnes. Tout le monde s’est mobilisé. »

Créer quelque chose de beau

Bon nombre des initiatives qui ont suivi sont nées d’une volonté collective d’aller de l’avant tout en rendant hommage au passé. Parmi les solutions mises en place, on peut citer le certificat en études sur la paix, le Bureau du développement durable, ainsi qu’une communauté résiliente animée par « l’esprit de Dawson ».

« La première chose dont je me souviens, c’est d’avoir pris un engagement constructif et concret en faveur de la paix et de la non-violence », affirme Donna.

Alors que l’on envisageait de créer une plaque, un monument ou un mémorial traditionnel, Chris Adam, enseignant, a proposé une idée différente : un mémorial vivant qui servirait d’espace d’enseignement et d’apprentissage, tout en permettant de renforcer le lien entre les gens et la nature.

Cette vision a donné naissance au Jardin de la Paix.

« Un peu plus tard, Chris a fait appel à Brian Bronfman et à sa fondation pour étudier les différentes possibilités, se remémore Donna. Je me souviens que c’était une période marquée par une certaine sérénité et une grande solidarité. Nous travaillions à la création de quelque chose de beau pour surmonter les événements tragiques qui avaient frappé le Collège. »

« C’était une forme de distraction, une activité physique qui permettait de semer les graines de la guérison et de suivre leur croissance. C’était merveilleux de voir les membres de la communauté s’y rendre à l’heure du dîner, tôt le matin et en fin d’après-midi, une fois leur journée de travail terminée, dehors, avec leurs bottes de travail, en train de creuser la terre pour créer cette oasis. »


Le projet du Jardin de la Paix prend forme. (Chris Adam)

Un héritage de bien-être

Les valeurs qui se sont dégagées de ces années-là ont fini par s’ancrer dans la culture de Dawson.

Sous la direction de Diane, devenue directrice générale, le bien-être commun est devenu une valeur fondamentale du plan stratégique.

« Pour les membres du personnel, le Collège Dawson est un milieu de vie, soutient-elle. Il faut prendre soin de notre personnel. Nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir, dans la mesure du possible, pour améliorer la vie de nos employées et employés. Les gens sont soumis à un stress important, que ce soit au travail ou à la maison. Et si nous pouvions faire preuve de davantage de gentillesse et de bienveillance? »

Aujourd’hui, cet engagement se poursuit à travers de nombreuses initiatives, comme des activités de loisirs gratuites pour le personnel, et une heure par semaine consacrée au bien-être pour l’ensemble du personnel non enseignant.

Diane constate également que cette même attention portée à la mission et au bien-être se reflète dans la manière dont la communauté continue de faire face aux défis, notamment la Loi 14 et les coupes budgétaires.

« Nous continuons à faire preuve de résilience et à nous concentrer sur notre mission. Dawson est plus fort grâce à ce que nous avons vécu. Nous avons décidé de ne pas laisser la violence prendre le dessus. Nous sommes une communauté soudée, résiliente et pleine d’espoir. »

Chris estime que les événements de 2006 ont contribué à forger l’« esprit de Dawson », un legs durable.

« J’ai le plaisir de travailler partout au Canada et à l’international, et je remarque que Dawson est associé à un esprit particulier, à une résilience et à un leadership dont on parle souvent, explique-t-il. Quand j’entends une personne dire : “Je ne sais pas ce que c’est, mais Dawson a quelque chose de spécial”, je souris intérieurement et je pense à cet esprit de solidarité et de générosité qui a imprégné tout ce qui s’est passé en 2006 et pendant les nombreuses années qui ont suivi. »

Un héritage durable

« L’histoire, malgré la douleur déchirante qu’elle inflige, ne peut être effacée, mais si on l’affronte avec courage, il n’est pas nécessaire de la revivre. »

Pour Donna, ces mots de la poétesse Maya Angelou résument parfaitement l’héritage durable de Dawson :

« La résilience et la détermination qui l’ont poussée à se relever, à devenir meilleure, plus bienveillante, plus créative, plus ouverte et plus engagée dans des activités porteuses de sens, qu’il s’agisse de yoga dans le Jardin ou d’une conférence visant à explorer comment l’éducation peut constituer un remède contre la violence dans notre société, et donner à nos jeunes les outils nécessaires pour persévérer et s’épanouir. »



Dernière modification : 17 septembre 2026