Cuba, une expérience communautaire: réflexions d’une délégation étudiante
Le 27 décembre 2025, 19 étudiantes et étudiants de deuxième année du programme Changement social et solidarité ont entrepris un voyage solidaire de trois semaines à Cuba. Le groupe était accompagné de Sara et Mark, membres du corps enseignant, ainsi que d'Amelia, leur superviseure de cinq ans. Bien que notre programme offre un apprentissage solide en classe, il met également l'accent sur l'apprentissage de terrain et sur la compréhension des structures sociales au sens large. C'est pourquoi ce voyage fait partie intégrante du programme depuis plusieurs années.
Nos partenaires à Cuba, le Centre Martin Luther King (CMLK) de La Havane, ont joué un rôle central dans l'organisation et la réalisation de cette expérience. Pendant ce séjour, nous avons dormi dans des familles d'accueil. Nous avons partagé des repas, des conversations, des rires et des moments du quotidien qui ont permis de créer des liens authentiques. Nous avons parcouru le pays, visitant Viñales, Puerto Esperanza, Playa Larga et Santa Clara, et nous avons passé dix jours à La Havane. En chemin, nous avons rencontré de nombreuses personnes issues de différents milieux – de l’éducation populaire, du monde agricole, de l’entrepreneuriat et du milieu communautaire – qui ont enrichi notre compréhension de Cuba et de la solidarité vécue au quotidien.
Le CMLK nous a fait découvrir des organisations cubaines qui changent réellement les choses, non seulement pour nous, mais aussi à l'échelle locale et mondiale. Le Centre lui-même, créé à la mémoire de Martin Luther King, est un lieu qui valorise l'éducation populaire, les réseaux de soutien et la solidarité. Nous avons rencontré des organismes artistiques qui veillent à l'inclusion des groupes marginalisés, comme la communauté 2ELGBTQIA+, notamment MirArte et El Mejunje, qui ont su bâtir des communautés fortes et reconnues dans le monde. Nous avons également visité des lieux qui soutiennent les jeunes en encourageant la créativité et les talents, tels que La Camorra et Corimacao, qui contribuent au rayonnement de la culture cubaine. Tout au long du voyage, en découvrant ces organismes et bien d'autres tout aussi inspirants, il est devenu évident que Cuba est un pays empreint de vitalité, d’amour, de dévouement, de créativité et de résilience.
Pendant le séjour, nous avons également eu la chance de rencontrer beaucoup de personnes formidables. Nos hôtes des casas particulares nous ont accueillis chez eux, en nous hébergeant, en cuisinant pour nous et en partageant des moments et des conversations mémorables. Nous avons rencontré des jeunes de notre âge qui ont pris le temps de venir au CMLK pour nous faire découvrir leur culture à travers la langue, la danse et la gastronomie, et qui nous ont fait part de leur expérience de vie à Cuba. Nous avons échangé avec des personnes du milieu de l'agriculture, de la conservation, de la recherche, de l'éducation et d'organismes communautaires qui nous ont transmis leurs connaissances sur l'histoire, la géographie, la politique internationale, l'agriculture et la vie quotidienne à Cuba, sous de multiples angles. C'est un réel privilège que toutes ces personnes, ainsi que leurs communautés, aient accepté de nous montrer une réalité cubaine bien plus riche et profonde que ce qu’on peut apprendre en classe ou dans les médias.
Parler de Cuba implique nécessairement d’aborder le blocus imposé au pays. Nous avons rarement, voire jamais, entendu le terme «embargo» pour décrire l'ensemble des lois, sanctions, politiques et mesures économiques en constante évolution que les États-Unis imposent à Cuba et à tout pays qui commerce avec l'île.
Mis en place en 1962, trois ans après la révolution cubaine, ce blocus avait pour objectif explicite de forcer un changement de régime à Cuba, comme le stipule la loi Helms-Burton. Cependant, son effet sur la population cubaine est indéniable. La rareté de la nourriture, les pannes d’électricité quotidiennes et l’accès difficile à de nombreux biens et produits de première nécessité ne sont que quelques-unes des conséquences directes du blocus. Les changements constants à ces mesures créent un niveau d’incertitude immense, la population cubaine devant constamment s'adapter à de nouveaux règlements qui ont une incidence profonde sur leur vie quotidienne.
Ce mois-ci, le gouvernement des États-Unis a encore durci le blocus en empêchant l’arrivée de pétrole dans le pays. Même si nous avons le temps et la capacité d’analyser le blocus d’un point de vue politique et de comprendre la structure impériale postcoloniale qui le sous-tend, les personnes qui le vivent, elles, pensent surtout à la façon de réussir à se procurer de la nourriture, des médicaments, du carburant et d’autres biens indispensables à leur survie.
Apprendre ce qu’est la solidarité est simple. Nous pouvons facilement nous entendre pour dire que Cuba ne mérite pas le blocus que les États-Unis lui imposent. Nous pouvons aussi convenir que nous devons soutenir la cause des autres pour un avenir meilleur. Pourtant, apprendre à vivre la solidarité, c’est autre chose. Cela exige de remettre en question des valeurs qui nous ont été inculquées dès notre jeune âge.
Aller à Cuba et soutenir les personnes que nous y avons rencontrées semblait facile, mais lorsqu’il fallait partager la nourriture après une longue journée épuisante, utiliser moins d’eau pour se doucher ou se passer de toilettes à chasse d’eau, nous avons dû nous confronter à ce que signifie réellement être solidaire avec les gens qui nous entourent. Cela veut dire réfléchir à une réalité plus vaste que notre seul intérêt individuel. Cela veut dire comprendre que nous faisons partie d’un collectif plutôt que de vivre dans une bulle isolée. La solidarité, c'est accepter qu'il y aura des moments d'inconfort, parce que c'est le prix à payer pour vivre en communauté. Et malgré tout, cet inconfort demeure bien peu de choses comparé à ce que nous pouvons accomplir ensemble.
-Par des étudiantes et étudiants de Dawson: Anna Gueye, Mariana Duque Antolinez, Janna Yhek et Keny Manuel Garcia Morillo
La délégation de solidarité à Cuba est organisée par le profil Changement social et solidarité, parallèlement à un cours intensif sur la justice migrante qui a lieu à Montréal, intitulé Solidarity in Action: A Local Perspective.
