Et si on parlait de « friction » plutôt que d’échec?
Lors de la journée pédagogique d’automne du Collège Dawson, le 24 septembre, Fiona Rawle, phD, a invité les membres du corps enseignant à changer leur façon de parler de l’échec. Dans sa conférence principale, intitulée The Science of Learning from Failure (La science de l’apprentissage par l’échec), elle les a encouragés à parler plutôt de « friction ».
Le mot échec évoque souvent la déception, l’anxiété et le désespoir, a fait remarquer Fiona Rawle, titulaire d’un doctorat en pathologie et en médecine moléculaire, vice-doyenne au développement et à la recherche en pédagogie à l’Université de Toronto à Mississauga et professeure au Département de biologie.
Pourtant, la recherche montre que l’apprentissage passe souvent par la difficulté, l’incertitude et les erreurs. « Les sciences cognitives nous apprennent que nous apprenons bien de nos échecs, à condition d’être dans un environnement favorable. Mais nous n’enseignons généralement pas aux étudiantes et étudiants comment échouer et tirer des leçons de leurs échecs, pas plus que nous n’apprenons à nos collègues comment les accompagner dans ce processus », a-t-elle déclaré.
Fiona a encouragé le corps enseignant à considérer l’échec comme une étape du processus continu d’apprentissage.
« Les personnes aux études n’aiment pas le mot échec », a-t-elle souligné. Elle propose plutôt le terme friction pour désigner les difficultés constructives auxquelles la population étudiante fait face lorsqu’elle cherche à comprendre de nouvelles idées et de nouveaux concepts.
Pour illustrer son propos, Fiona a cité deux personnalités très différentes : Rihanna et Thomas Edison. « On attribue souvent à Thomas Edison une citation qui est régulièrement mal rapportée, mais qui ressemble à ceci : “Je n’ai pas échoué. J’ai simplement trouvé 10 000 façons qui ne fonctionnent pas.” Cette citation présente l’échec comme un processus d’apprentissage. Rihanna, quant à elle, a un tatouage sur la clavicule qui dit : “Jamais un échec, toujours une leçon.” C’est une phrase qui trouve vraiment écho chez la communauté étudiante ».
Fiona a également établi un lien entre la peur de l’échec chez les personnes qui apprennent et les réalités plus larges auxquelles elles sont confrontées aujourd’hui. Bon nombre d’entre elles se disent plus épuisées et plus stressées que les générations précédentes. Elles doivent composer avec une polycrise qui englobe notamment les pressions des médias sociaux, les répercussions persistantes de la pandémie, l’écoanxiété et l’incertitude géopolitique.
L’un des principaux messages de la conférence était que l’innovation et les découvertes découlent souvent d’erreurs. Fiona a présenté plusieurs exemples d’inventions accidentelles, dont le stimulateur cardiaque et le médicament Viagra. Ces exemples montrent qu’une ouverture à la prise de risques et à l’expérimentation peut mener à des percées inattendues.
Elle a également présenté des recherches indiquant que des revers au début d’un parcours peuvent parfois favoriser la réussite à long terme. Elle a notamment parlé de chercheuses et chercheurs en début de carrière qui avaient raté de peu l’obtention d’une subvention. « Lorsqu’on suit ces personnes tout au long de leur carrière, on constate que celles qui ont raté de peu cette subvention en début de carrière ont obtenu de meilleurs résultats à long terme, a-t-elle indiqué. Elles ont décroché davantage de subventions par la suite et publié plus d’articles scientifiques. »
Fiona a toutefois mis en garde contre les discours simplistes qui célèbrent l’échec sans tenir compte du fait que tout le monde ne dispose pas du même soutien ni des mêmes filets de sécurité. « On peut parler de ses échecs, en tirer des leçons et prendre des risques, mais seulement si l’on dispose d’un filet de sécurité », a-t-elle précisé. La prise de risques et l’échec ne sont pas vécus de la même manière par toutes les personnes, notamment celles issues de groupes sous-représentés, celles qui sont les premières de leur famille à poursuivre des études postsecondaires ou celles qui ont des ressources financières limitées.
Parmi les stratégies concrètes présentées, Fiona a insisté sur l’importance d’aborder rapidement les questions difficiles avec la population étudiante. Quelques exercices ont permis d’illustrer aux personnes présentes comment mettre cette approche en pratique en classe. Au lieu d’esquiver l’incertitude, il faut encourager l’exploration de problèmes complexes, la remise en question des idées préconçues et la prise de conscience des lacunes dans les connaissances. Ces moments de « friction cognitive », a-t-elle expliqué, contribuent souvent à approfondir la compréhension et à consolider les apprentissages.
Pour atténuer la peur de l’échec, elle a suggéré de réduire les enjeux associés aux évaluations et de multiplier les occasions de recevoir de la rétroaction et de progresser. Voici quelques exemples :
- Accorder des points pour les efforts et la participation.
- Proposer de refaire certains travaux et retirer la note la plus basse du calcul final.
- Offrir des possibilités de révision.
- Tenir compte des travaux en cours et des versions révisées dans l’évaluation.
Tout au long de sa présentation, Fiona a souligné l’importance de créer des environnements d’apprentissage bienveillants où les étudiantes et étudiants peuvent parler ouvertement de leurs erreurs, apprendre les unes des autres et considérer les revers comme des occasions de progresser plutôt que comme la preuve de leurs lacunes personnelles.
Son message central était simple : en éducation, on met souvent l’accent sur le résultat final, alors que la communauté étudiante tire le plus grand bénéfice d’un accompagnement qui lui permet de valoriser le chemin parcouru. « C'est le processus qui compte », a-t-elle déclaré.
Vous trouverez les ressources fournies par Fiona Rawle, notamment une série d’exemples d’apprentissage par l’échec dans différentes disciplines, ainsi que d’autres documents de la journée pédagogique de l’automne 2026, sur le site SharePoint Bureau du développement académique.
