La loterie de l'immigration
Dans le cadre d’un cours intensif consacré à la justice pour les migrants, organisé cet hiver, nous avons rendu visite à plusieurs organisations qui se consacrent à la cause des migrants et les soutiennent dans leurs luttes. Au sein d’une classe d’environ 25 étudiants et étudiantes, nous avons été guidés par Benjamin Lander, notre professeur, pour explorer Montréal sous l’angle de la migration. Cette aventure s’est déroulée du 13 au 16 janvier ; nous nous sommes retrouvés pendant plusieurs jours supplémentaires en mars. Notre itinéraire en janvier comprenait cinq organisations : le Centre des travailleurs immigrés, la Fondation JIA à Chinatown, le Centre des réfugiés, le Collectif Welcome et Solidarité sans frontières. Chacune de ces ressources a mis en lumière les problèmes fondamentaux auxquels les immigrants et les personnes sans papiers sont confrontés au quotidien.
Les organisations
Le Centre des travailleurs migrants (IWC) sert de point de référence pour les travailleurs migrants. Souvent, les entreprises tirent profit de ces travailleurs, les surchargent de travail ou les licencient sans motif valable. Elles tirent ce pouvoir de la situation précaire dans laquelle se trouvent les travailleurs, et utilisent ainsi la peur à leur encontre. L'IWC soutient et organise les travailleurs migrants en leur offrant des conseils juridiques, un réseau de sécurité et de soutien social, ainsi qu'un lieu où lutter ensemble contre ces problèmes.
La Fondation JIA se bat pour préserver la culture du Chinatown. Face aux problèmes croissants liés à la gentrification, les communautés chinoises mettent en place de nombreux programmes visant à redynamiser ce quartier et à enrayer sa destruction. De nombreux groupes de jeunes se sont formés pour ramener la communauté et mettre en avant l'importance culturelle et historique du Chinatown. Son origine remonte à la création du chemin de fer canadien et au racisme systémique auquel la population chinoise a été confrontée, alors même qu'elle constituait le pilier de cette innovation. À ce jour, de nombreux citoyens chinois possèdent le certificat de taxe d'entrée d'un membre de leur famille. Le gouvernement tente toujours d'effacer les moments peu glorieux de l'histoire canadienne sans les rectifier.
Nous avons également rencontré trois avocats au Centre pour les réfugiés qui s’occupent de traiter les demandes d’asile, de lutter contre les expulsions et de protéger les personnes en situation de vulnérabilité. Les avocats ont décrit la lourdeur de ce travail : beaucoup d’entre eux doivent gérer plusieurs dossiers à la fois ; les demandes peuvent prendre des années avant d’aboutir et, parfois, les expulsions sont inévitables. L’aspect juridique de la migration est un véritable casse-tête. Les avocats l'ont comparé à « marcher à contre-courant » : lutter contre un système conçu pour empêcher les migrants d'entrer.
Le Welcome Collective fournit aux nouveaux arrivants les articles ménagers indispensables. Des réfrigérateurs aux matelas, l'organisation veille à ce que chacun soit bien équipé. Elle est toujours ouverte aux dons. Vous pouvez soit apporter les meubles directement au centre, soit leur demander de venir les chercher moyennant une modique somme qui sera reversée aux familles dans le besoin.
Solidarity Across Borders (SAB) est un réseau militant pour la justice envers les migrants qui lutte pour la régularisation et l'obtention d'un statut pour tous. Il organise des manifestations, des actions d'entraide et bien d'autres initiatives afin de privilégier la sécurité des personnes plutôt que de les laisser subir des tortures simplement parce qu'elles n'ont pas la nationalité.
projet de loi C-12
Le projet de loi C-12, une loi anti-immigration, renforce les barrières à la frontière. Il conférerait au gouvernement de nouveaux pouvoirs lui permettant de rejeter la demande d’immigration d’une personne pour des motifs arbitraires et sans procédure régulière. Ce projet de loi entraînerait une augmentation des expulsions et des détentions. Pour un pays qui tire une telle fierté de son patrimoine canadien et qui porte un regard critique sur ses voisins du sud, cela ressemble fort à l’ICE, et non pas à la glace qui recouvre nos routes en plein hiver, mais plutôt à l'organisme qui déshumanise une personne en fonction de son statut. C’est une loi injuste, élaborée sans aucune consultation des groupes concernés. Une loi que la majorité n'accepterait jamais pour elle-même – une loi qui rabaisse les gens. Selon Martin Luther King, c'est la définition même d'une loi injuste.
Notes personnelles et expériences
Grâce à ce stage intensif, nous avons eu l'occasion d'enrichir nos connaissances sur ces organisations et leurs objectifs. L'une des rencontres les plus enrichissantes que nous ayons faites a été celle avec les membres de Solidarity Across Borders, qui vivent dans une situation précaire ou sans statut. Leurs récits étaient profondément émouvants. Tous nous ont montré leur résilience et leur force.
L’une des membres du SAB m’a confié qu’elle « est une mère qui n’a pas le droit d’être malade ». Elle ne pouvait pas se montrer faible, elle devait être forte pour sa fille – une fille qui souhaite devenir infirmière mais qui ne le peut pas, car pour accéder à l’enseignement supérieur, il faut un statut légal. Elle devait être forte pour subvenir aux besoins de ses deux autres enfants, qui se trouvaient sur d’autres continents car elle ne pouvait pas les faire venir près d’elle. Elle devait être forte malgré le fait d’avoir vu son plus jeune fils se faire tuer. Telle est la réalité de nombreux migrants, en particulier ceux dont le statut est précaire. Ils ne volent pas d’emplois et ne bénéficient pas de la couverture santé ; ils sont exploités, tout cela parce qu’ils n’ont pas eu la chance de naître au bon endroit, au bon moment. Ils ont perdu à la loterie de la citoyenneté.
C'est un privilège d'avoir la citoyenneté, et nous devons faire preuve de solidarité envers ceux qui n'en ont pas. Un simple bout de papier ne devrait pas être le facteur déterminant de notre bienveillance les uns envers les autres. La solidarité, c'est se tenir aux côtés de ceux qui sont opprimés ; c'est présenter un front uni contre cette exploitation. La beauté de la solidarité réside dans le fait qu'elle prend diverses formes, allant des manifestations à la sensibilisation, en passant par la simple présence de quelqu'un prêt à écouter. Nous vivons dans un monde qui cherche constamment à nous diviser selon notre genre, notre origine ethnique, nos croyances, nos domaines d'études, et bien d'autres critères. Nous avons tendance à oublier que nous sommes tous des êtres humains.
-Par Marie-Noël Chayeb, Changement social et solidarité »
Solidarité en action : une perspective locale est organisé par le profil Changement social et solidarité, parallèlement au voyage d'étude à Cuba (Solidarité en action : une perspective mondiale).
