Brian Redekopp dirige le projet sur les valeurs et l'apprentissage en matière d'IA
Pourriez-vous nous parler un peu du projet que vous menez en période temps libre et nous dire ce qui vous a poussé à vous lancer dans cette initiative ?
BR : L'objectif principal du projet est de créer des modules d'autoformation destinés aux élèves afin de les aider à améliorer leurs connaissances en matière d'IA. Ces modules s'articuleront autour de trois thèmes : comprendre les principes de fonctionnement des outils d'IA générative tels que ChatGPT, se familiariser avec les enjeux éthiques liés à cette technologie, et distinguer les utilisations bénéfiques et valorisantes de celles qui ne le sont pas.
Quant à ce qui m’a poussé à me lancer dans ce projet, je pense qu’il y a plusieurs raisons. Avant tout, je suis très préoccupé par le fait qu’une utilisation sans discernement de l’IA générative puisse sérieusement compromettre l’apprentissage et le bien-être général des élèves. Comme pour les réseaux sociaux et bien d’autres technologies, il existe un profond décalage entre les intérêts des entreprises qui développent ces technologies et ceux des utilisateurs. Je pense qu’un niveau élevé de culture en matière d’IA est essentiel pour que l’IA serve les intérêts de l’être humain, et non l’inverse.
Sur une note un peu plus positive, j'ai beaucoup expérimenté l'IA dans mon propre travail ces deux dernières années, ce qui m'a donné envie de découvrir comment elle peut contribuer à améliorer l'apprentissage. La culture de l'IA est ici aussi essentielle. Enfin, je m'intéresse vivement à la philosophie de la technologie, et la conception de supports pédagogiques sur la culture de l'IA est un moyen enrichissant de réfléchir aux idées développées dans ce domaine et de les traduire en actions concrètes.
Comment définissez-vous la « culture de l'IA », et pourquoi pensez-vous qu'elle soit importante pour les élèves d'aujourd'hui ?
BR : En pédagogie et dans la conception des cours, on fait souvent la distinction entre les connaissances, les compétences et les attitudes lorsqu'il s'agit des objectifs d'un cours ou d'une activité d'apprentissage. Cette distinction est également utile pour définir la culture de l'IA.
Ainsi, sur le plan des connaissances, la culture de l'IA consiste à comprendre les principes fondamentaux qui sous-tendent ce qu'est l'IA et son fonctionnement. Cela implique également d'être conscient des mécanismes ou des forces à l'œuvre dans le développement et l'utilisation de l'IA, tels que les motivations économiques des développeurs et nos tendances psychologiques en tant qu'utilisateurs. (Lorsque nous réfléchissons à la technologie, nous avons tendance à nous concentrer sur l'outil, mais pour en saisir pleinement les avantages et les inconvénients, nous devons l'envisager dans son contexte humain.)
En termes de compétences, la maîtrise de l'IA ne consiste pas seulement à savoir utiliser efficacement les outils d'IA, mais aussi à être capable de déterminer quand l'IA est utile et quand elle ne l'est pas. Cela nécessite certaines compétences fondamentales en matière de pensée critique, telles que la capacité à identifier et à remettre en question les hypothèses implicites, ainsi qu'à clarifier les idées.
Enfin, en termes d'attitude, la culture de l'IA consiste à aborder cette technologie avec un esprit critique et en ayant conscience de ses propres objectifs et priorités. Le terme « critique » n'indique pas nécessairement une connotation négative ; il signifie simplement que l'on est conscient des atouts, des faiblesses et des enjeux éthiques de cette technologie, ce qui permet d'en évaluer les résultats et d'en réglementer l'utilisation.
En résumé, la culture de l'IA pourrait être définie comme une approche critique et responsabilisante de l'IA, fondée sur une solide compréhension de cette technologie et de son contexte humain.
C'est essentiel pour que les élèves (et nous tous) puissions tirer parti de cette technologie et la mettre au service de nos propres valeurs, tant sur le plan individuel qu'au niveau de la société.
Quels sont les principaux objectifs que vous espérez atteindre d'ici la fin du projet, et quand celui-ci prendra-t-il fin ?
BR : Le projet devrait être achevé peu après la fin de la session d'automne 2026. L'objectif principal est de mettre à la disposition des élèves une série de modules courts et captivants, organisés autour de ces trois thèmes. Bien qu'il s'agisse de modules en autoformation, ils seront également conçus de manière à ce que les enseignant et enseignantes puissent s'en servir comme base dans leurs propres cours. L'objectif global est donc, bien sûr, que ces ressources soient réellement utilisées par les élèves et le personnel enseignant.
Que savez-vous de l'utilisation de l'IA à Dawson avant de vous lancer dans ce projet ?
BR : Comme la plupart des enseignants, ma connaissance de la manière dont les élèves utilisent l’IA est assez fragmentaire et repose sur des anecdotes. D’après mon expérience, j’ai constaté que lorsque les élèves en font un mauvais usage et rendent des travaux qui ne sont pas vraiment les leurs, cela tient le plus souvent à un manque de compréhension de la technologie, associé à un sentiment de stress et de dépassement. J'ai également découvert, lors de mes propres expériences en classe, qu'il est en réalité assez difficile pour les élèves de dialoguer avec un agent conversationnel d'une manière propice à l'apprentissage. J'ai donc l'impression que l'utilisation du clavardage est très répandue parmi les élèves, et que nous devons mettre cette pratique au grand jour afin de lui donner un cadre positif.
Que comptez-vous tirer des résultats de cette enquête ?
BR : J'attends avec impatience les résultats de cette enquête ; j'espère ainsi mieux comprendre comment les élèves utilisent réellement l'IA, quelle est leur attitude à son égard et ce qui leur serait utile parmi ce que nous proposons au sein de l'établissement. Les résultats serviront directement de base au contenu des modules. J'encourage donc vivement tous les élèves à y participer : c'est une excellente occasion pour les élèves et le personnel enseignant de travailler ensemble sur ce défi de taille, et pour les élèves de jouer un rôle actif dans leur propre éducation !
